La confiance ! Mot clé de toute relation humaine. Cela tout le monde le sait ! Mais on en parle sur toutes les tribunes depuis l’historique débandade des marchés financiers en octobre 2008 alors qu’une bande de joyeux lurons en cols blancs hautement gradés avaient largement abusé du système et brisé la confiance des investisseurs.
L’onde de choc s’est brutalement répandue à l’Économie. L’angoisse, l’incertitude, la peur ont saisi le consommateur qui, voyant ses actifs dépréciés et sa retraite amputée, a aussitôt mis les deux pieds sur les freins. Sa confiance dans l’avenir est apparue d’un seul coup bien sombre.
Du jour au lendemain la confiance est devenue le terme le plus populaire de la planète. Que ce soit pour expliquer les causes de la crise financière puis de la récession économique ou pour orienter les mesures titanesques qu’il faut prendre pour relancer notre modèle de consommation.
Les États-Unis d’Amérique, par qui le péché est venu, ne lésinent pas aujourd’hui sur ces mesures aussi effrayantes : déficit budgétaire abyssal, rachat massif de bons du Trésor par la planche à billets, renflouement presque nauséabond du système bancaire, de GM et de Chrysler. On jongle avec des milliers de milliards de dollars comme un semeur épand sans compter ses semences sur son champ dans l’espoir d’une germination future. La grosse différence étant que les semences sont réelles, alors que les dollars sont virtuels, fictifs !
L’engrenage qui s’était grippé semble se remettre en marche, et l’espoir que le pire est passé et que les consommateurs vont se remettre à dépenser ont fait bondir les bourses. De son bas de 6 440 le 9 mars dernier, le Dow Jones a grimpé de plus de 36 % (8 763 au 5 juin) et flirte avec les 9000 points. Le S&P500, plus représentatif de l’économie américaine, a grimpé de plus de 42 %. Et l’euphorie s’est emparée de toutes les bourses mondiales. De quoi reprendre confiance et embarquer dans le train de la reprise. Toute publication de chiffres moins mauvais que les prédictions ou que les résultats précédents, toute annonce de renflouement de certains mastodontes devenus moribonds sont un prétexte pour dire que le système se stabilise, pour redonner espoir au consommateur et faire grimper les indices. Mais qui donc achète ? Qui a donc un intérêt trop évident que les indices remontent à court terme ? Le système financier opulent qui nous a mené au chaos et qui maintenant veut se libérer des fonds étatiques venus le sauver ?
L’empressement des grandes banques américaines à restituer leur argent au contribuable est peut-être un cadeau empoisonné. Cela pourrait en effet être l’aveu qu’elles n’attendent aucun profit des futurs prêts qu’elles pourraient consentir en prenant un minimum de risque. Comme elles ne sont probablement sûres de rien, elles préfèrent rembourser le TARP (Troubled Asset Relief Program mis sur pied par le gouvernement américain pour le sauvetage d’actifs toxiques) dans l’urgence, plutôt que de conserver un matelas de liquidités destinées à soutenir des projets d’entreprise ou des acquisitions immobilières. Les banques américaines veulent ainsi signaler leur solidité aux marchés et surtout éviter la sévère réglementation qui accompagne les fonds gouvernementaux, particulièrement en ce qui concerne les salaires et les boni à la haute direction.
Le ton des Autorités est encourageant, et les nouvelles dans les journaux sont moins négatives. On évite toutefois de trop parler des déficits, on minimise le chômage, on maquille quelque peu les chiffres du ‘stress test’ des banques américaines. « Le Wall Street Journal et le Financial Times révèlent en effet que les 19 grandes banques américaines participant aux ‘tests de résistance’ ont négocié comme des marchands de tapis pour faire baisser les chiffres officiels concernant le montant de capital requis en cas d’aggravation de la crise »1. Et les autorités britanniques refusent de publier ceux des leurs banques car « ces informations pourrait conduire à une incertitude au sein des marchés financiers… »1. Tout est bon pour ramener la confiance dans le public. Mais à quel prix ?
Les assouplissements monétaires et la planche à billets sont entrés en service commando. L’explosion de la dette est une bombe à retardement, d’autant plus qu’elle se fait sur les prémices que le consommateur va reprendre ses habitudes. Mais ce qui est certain c’est que ce ne sera plus avec la même frénésie. Un chat mouillé craint l’eau froide…
L’ampleur de la dette commence à être mesurée par les esprits. Pour les huit premiers mois de l’exercice budgétaire 2009 (qui a démarré le 1er octobre 2008), le déséquilibre budgétaire global des Etats-Unis a plus que triplé par rapport à la période correspondante de l’exercice 2008/2009. Il s’élève à 992 milliards de dollars, soit 11% du PIB en rythme annuel.
« Aujourd’hui le principal enjeu pour les États-Unis, n’est plus seulement le degré de confiance qu’inspirent les banques ainsi que l’ampleur du déficit du Gouvernement fédéral mais bel bien celui qui concerne les déficits des États, entre 22 et 32% de leur PIB. Avec une Californie en faillite et qui ne survit qu’à coup de dotations exceptionnelles, avec une région des Grands Lacs et du Centre en pleine récession, une Floride qui voit s’effondrer ses recettes fiscales (taxes foncières, tourisme) et un système de santé au bord de l’apoplexie financière, c’est le crédit du pays tout entier qui est menacé d’un abaissement de notation. Bien entendu, aucune agence n’osera priver ouvertement les États-Unis de leur triple A.»2 Mais comment donc l’Amérique pourra-t-elle rembourser cette gigantesque dette, alors que le centre du monde se déplace de l’autre côté du globe ?
La Chine, grande détentrice de la dette américaine avec plus de 750 milliards US, semble ne plus faire confiance à l’Amérique de protéger son dollar. Elle s’inquiète. Elle change sa politique et passe désormais à l’achat de dette américaine de court terme (bonds du Trésor), laissant les obligations de plus long terme à d’autres acheteurs. Elle vient aussi de signer un accord avec le Brésil pour que leurs échangent commerciaux ne soient plus libellés en dollars. Gageons que cette pratique va s’étendre à toute l’Amérique du Sud, excepté peut-être du Mexique. Enfin, la Chine est en train de réformer son économie pour l’orienter vers son marché intérieur. Ce qui ne profitera pas forcément aux Occidentaux.
Devant ce fragile dollar qui commence à piquer du nez, le pétrole compense et agit en refuge, reprenant son envol. Il approche les 70 $. Cela non plus n’a pas de quoi réjouir le consommateur. Tout cela appelle donc la prudence avant de sauter dans cette embellie qui pourrait être trompeuse…
La confiance est le nerf de l’activité économique, mais il ne faut pas pour autant être naïf. Restaurer la confiance du consommateur, de l’investisseur ne signifie pas pour autant lui mentir. On peut certes rassurer, être positif et regarder en avant, mais il faut dans le même mouvement montrer les deux côtés de la médaille, être transparent dans les interventions et responsabiliser les preneurs de décisions.
Notre système actuel a montré ses limites. S’il est important de restaurer la confiance et d’éradiquer les abus, il est essentiel de réfléchir ensemble et de revoir notre modèle. La crise financière mondiale est imputable à la séparation de la sphère financière de la sphère réelle. Peut-être pourrions-nous trouver quelque inspiration dans le modèle de la finance islamique 3, et revoir le fonctionnement de certains rouages de notre système tels que le principe de l’intérêt et celui de la responsabilité sociale de l’investissement ?
Toutes les opérations financières devraient se faire dans la sphère réelle de l’économie. La restauration de la confiance passe inévitablement par un renouveau de notre système économique et financier, et une ouverture à de nouvelles valeurs, à un respect des autres. La responsabilisation passe par l’éducation. De là viendra la confiance !
1 La Chronique Agora, édition du 30 mai 2009
2 La Chronique Agora, édition du 10 juin 2009
