•• La responsabilité sociétale
Mardi 28 avril 2009 par Philippe Terninck
Ou comment intégrer les valeurs caritatives au cœur du milieu des affaires…
La crise dans laquelle nous sommes actuellement plongés est non seulement financière et économique, mais c’est aussi et surtout une crise systémique, une crise de valeurs. De valeurs que l’on a oubliées, qu’on a laissées de côté pour se tourner vers la facilité et le profit à court terme. Comme société, il semble que nous sommes devenus nombrilistes, sans états d’âme. Nous avons mis nos oeillères dorées et filtrons systématiquement ce qui nous rapporte au sens propre et au figuré.
Les nombreux scandales qui éclatent au grand jour ne sont-ils pas symptomatiques de cette orientation systémique du laisser-faire, laisser-aller ainsi que du manque de compassion envers autrui qui n’est ni dans notre cercle de connaissance, ni ne peut nous rapporter un intérêt ?
Paradoxalement, on assiste à une multiplicité d’initiatives caritatives, d’implications individuelles formidables au sein de fondations dans le but d’apporter une contribution à l’édification d’un monde meilleur où les valeurs humaines sont à la fois motrice et partie des objectifs de ces activités. Des hommes et des femmes de tous les horizons ont décidé de se tourner vers les plus démunis et de leur apporter gratuitement le meilleur d’eux-mêmes. Mais cela reste encore trop éparpillé, et ne fait pas encore partie de nos habitudes de vie sociétale.
Parmi ces bénévoles, de nombreux dirigeants et cadres sont engagés dans leur communauté au sein de fondations et autres organismes à caractère caritatif. Leurs motivations sont variées, que cela aille du réseautage à la déculpabilisation en passant par le besoin de reconnaissance. Il n’en est pas moins que tous ces responsables administratifs donnent généreusement de leur temps et de leur expérience à des causes orientées vers les autres, leur assistance, leur bien-être, leur développement, leurs soins physiques et mentaux, leur protection.
Au sein de ces conseils d’administration où ils prennent des décisions et des engagements pour lever des fonds, pour lancer et encadrer des projets, ou sur le terrain où ils mettent la main à la pâte pour se rapprocher et vivre avec ceux qui ont besoin d’aide, tous ces gestionnaires apportent la plus haute dimension d’eux-mêmes et toute leur expertise en utilisant les mêmes outils de gestion qui font partie de leurs quotidiens professionnels. Les valeurs humaines de base et essentielles au développement harmonieux et durable d’une société telles que le respect d’autrui et l’acceptation de ses idées, de sa différence, la compassion, l’esprit d’entraide et de charité forment les grandes lignes directrices qui orientent leur implication.
Ces activités altruistes vous rattrapent au plus profond de vous-même et permettent de se réaliser à travers une meilleure connaissance de soi et du monde qui nous entoure. Il apporte un bonheur profond, celui de savoir donner sans rien attendre en retour. On entre ainsi dans l’état de sagesse, cette sagesse qui permet de s’affranchir de l’idée du soi, donc de toute tendance égotiste ou narcissique. N’est-ce pas là la sublimation de l’être humain ?
Cette attitude peut être contagieuse, mais il lui manque un relais puissant pour l’étendre au sein de la vie professionnelle. Ces bénévoles cols blancs, dont bon nombre sont fortement diplômés avec des maîtrises, pourraient-ils être ce moteur, cette courroie de transmission en apportant au monde des affaires cette sagesse exprimée dans les activités caritatives ? Leur diplôme exprime en soi ce rôle hautement responsable : maîtrise et administration des affaires.
La maîtrise est la connaissance suprême, le contrôle infaillible des processus, la perfection et la sûreté dans la technique. L’administration des affaires est la capacité à gérer efficacement les relations humaines dans le développement, la commercialisation et l’application de ces processus et de ces techniques. Et sans humains, il n’y a pas d’affaires. Alors, ces MBA, maîtres en administration des affaires, ces M. Sc., maîtres en science de la gestion, ces CMA, comptables en management accrédités, ces CGA, comptables généraux, ces Administrateurs agréés et autres gradés pourraient-ils être des porte-étendards ? Qui pourraient puiser à l’essence même de ces valeurs pour se porter volontaire à la réforme d’un nouvel ordre social des affaires ? La créativité sociétale responsable et l’altruisme y auraient une place naturelle, la notion de profit individuel serait partie intégrante du bien-être collectif, la notion de gratuité, de service au sens noble serait une composante de la notion de profit.
Les choix économiques, sociaux et environnementaux que prennent les entreprises influent sur la vie des actionnaires, des clients et des employés ainsi que sur la vitalité des collectivités où elles sont présentes. C’est le moment d’établir une nouvelle charte des affaires et de les diriger de manière éthique et selon des principes rigoureux d’honnêteté, de transparence et de responsabilité. Aujourd’hui la responsabilité sociétale est devenue un enjeu majeur et porteur d’espoir. Pour un nouvel ordre économique et social.
La crise nous montre les limites de notre système économique. Mais il n’est pas pour autant à mettre au rancart. Il faut le repenser, lui apporter un souffle nouveau et y intégrer des valeurs qui le feront grandir, ces valeurs issues de ceux qui composent ce système : des valeurs humaines. Les dirigeants et cadres bénévoles pourraient être le pivot de cette nouvelle approche dans le monde des affaires, provoquer des tables de réflexions pour mieux redistribuer notre énorme richesse, pour moins gaspiller nos immenses ressources, pour redéfinir nos rapports avec autrui, partenaire ou compétiteur, dans le respect, l’acceptation et la compassion.
Aguerris aux affaires, innovateurs, ces preneurs de décisions savent très bien s’impliquer avec tout leur bagage dans des œuvres caritatives. Leur formation poussée et continue, appuyée sur l’expérience du terrain et l’interaction de groupes, leur ont apporté un esprit de synthèse et une capacité à aller à l’essentiel, à s’appuyer sur de vraies valeurs. Ce sont des leaders, des catalyseurs dont le rôle dans l’entreprise est stratégique et déterminant. Inspirés de cet idéal du bénévolat, ils peuvent relever le défi et profiter de cette grave crise de valeurs pour amener aux affaires cette dimension humaine qui y fait tant défaut…
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