L’onde de choc qui vient d’ébranler les marchés financiers de la planète, dans le sillage de Wall Street, ne devrait pas nous étonner tant que ça, mais elle a de quoi nous laisser perplexes. L’extrême volatilité des marchés nous donne le sentiment que les professionnels, éberlués, ne savent plus à quels saints se vouer. Cette volatilité, digne d’un contorsionniste, est en fait le soubresaut d’une crise de crédit qui résulte d’une longue période spéculative où des milliards étaient misés comme dans un immense casino virtuel.
L’analyse fondamentale sur laquelle les investisseurs s’appuient pour évaluer les compagnies ou les produits dans lesquels ils désirent investir pour faire fructifier leur capital, semble également ne plus avoir de raison d’être. Ce qui est dérangeant, voir suspicieux, avec l’éclatement de cette crise, c’est la mise à jour de gigantesques dettes, chiffrées en centaines de milliards de dollars, et la faillite instantanée de plusieurs de ces grandes institutions. Derrière les façades opulentes se cachaient des gouffres abyssaux. La spéculation à haut risque était devenue le pain quotidien de tous ces grands argentiers, et ils réalisent d’un seul coup que de jouer à l’apprenti sorcier finit par brûler bien plus que les doigts…
Partisans farouches d’une non-réglementation, ils ont créé des produits sophistiqués, adossés à des actifs1 de plus en plus risqués. Après les avoir séparés en petites unités, ils les ont vendus, avec le sceau de leur garantie, aux quatre coins de la planète. Pour rendre ces produits encore plus rentables, ils ont utilisé marges et effets de levier à la limite des possibilités et omis de prendre des réserve de sécurité. Ils ont ainsi engrangé, durant de nombreuses années, des profits mirobolants. En prenant des risques excessifs. Aujourd’hui, faute de crédits disponibles, la machine économique déjà essoufflée risque de s’affaisser.
Appât démesuré du gain, éthique bafouée, laxisme des autorités, ce sont là les ingrédients explosifs qui conduisent au drame dont l’odeur nous rappelle celle de Norbourg. Mais cette fois, les conséquences peuvent être catastrophiques à l’échelle planétaire.
Ce parallèle me renforce dans mes convictions qu’il faut établir de nouvelles règles du jeu et revoir les principes de base de notre système financier, renforcer les contrôles pour ne plus laisser tous les pouvoirs à une poignée d’individus, et rendre imputables ces dirigeants cupides et irresponsables. Il faut revoir également la rémunération de ces dirigeants dont les bonus mirobolants favorisent le court terme au détriment du long terme. On peut se réjouir à l’idée que le FBI vient d’annoncer l’ouverture de plus de 25 enquêtes sur les agissements des dirigeants de ces grandes banques d’affaires et institutions financières qui viennent de s’écrouler, contaminées par leurs actifs à hauts risques.
L’économie de marché ne peut en aucun cas être un casino où les investisseurs se font pigeonner. Les autorités doivent mieux encadrer les opérations en favorisant la production de services, et non laisser libre cours à la spéculation débridée. La pierre d’achoppement de notre système est la confiance. Elle est aujourd’hui fortement ébranlée. Une fois mises en place, les nouvelles structures permettront de la restaurer.
Comprendre le comment et le pourquoi des choses, a de grandes chances de nous faire grandir tant comme société que comme individu.
1 La composition de ces actifs a évolué avec le temps. Au départ il s’agissait principalement de prêts hypothécaires de haute qualité. Puis la qualité des nouveaux prêts a diminué, étant offerts à des propriétaires de moins en moins solvables. Enfin, dans la même veine, des prêts automobiles, des marges de crédits et assurances se sont ajoutés à la panoplie des actifs, créant une énorme constellation de produits hétéroclites morcelés à l’infini.
