C’est fascinant comme le paysage économique semble se modifier sur une période de temps relativement courte. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec cette discipline, cela peut sembler du chinois. Rassurez-vous, les spécialistes se perdent eux aussi en conjectures.
Depuis plusieurs mois, le vocabulaire coloré de l’économie a inondé les différents médias avec inflation, récession, crise économique, stagflation, atterrissage en douceur, perte d’emploi, spirale salaire/prix incontrôlable, effondrement immobilier, et autres spectres de scénario lugubre brandis par les experts.
La hausse fulgurante de l’or noir, et des matières premières, a fortement contribué à cette tendance dramatique. Officiellement justifiée par la rareté de la production face à une demande insatiable venant principalement de la Chine et de l’Inde, et couplée à une limitation des capacités de raffinage, les spéculateurs y ont jetés leur dévolu attirés par des possibilités de profits mirobolants. Les résultats financiers des compagnies pétrolières ont atteint des records quasi indécents, alors que les automobilistes se sont vus forcés de bouleverser leurs habitudes, que les fabricants de gros véhicules énergivores ont accumulé des pertes titanesques, et que les indices de prix à la consommation ont fait rougir les indicateurs des banques centrales et finalement provoqué un ralentissement des dépenses des consommateurs.
Le monde économique est devenu un vaste ensemble de vases communicants. Si le synchronisme n’est pas total, les tendances et perturbations de l’un finissent par se répercuter sur l’autre, et cela dans des délais assez courts.
Aujourd’hui la machine chinoise a des ratés, rongée par une forte inflation (7,7 % en mai et 7,1 % en juin), frappée par une hausse du yuan (par rapport au dollar américain) qui freine les exportations, et rattrapée par le ralentissement de l’économie américaine. Les signes d’essoufflement de l’Europe sont visibles, certains états membres ayant des secteurs, tel que l’immobilier, en pleine déconfiture.
Le ralentissement mondial découle aussi de la crise du crédit hypothécaire à risque élevé aux États-unis, ou PCAA1 non bancaires, ces produits financiers dérivés concoctés par la haute finance et dont les garanties sont devenues non liquides et même virtuelles. L’immobilier qui a été financé par ces moyens irresponsables et frisant l’indécence s’effondre entraînant dans sa chute des milliards de dollars et d’euros, disparus en fumée. Le monde qui consomme se sent moins riche, consomme donc moins et reporte ses grosses dépenses à plus tard. Le système financier a des nausées. Des banques (surtout aux États-Unis) font faillite. Les courtiers et les plus grandes banques au monde affichent de lourdes pertes et des dépréciations de plus de 500 milliards de $US. Presque toutes doivent lever d’énormes capitaux (déjà plus de 350 milliards de $US) pour se recapitaliser. Du coup, le crédit se fait plus rare.
Bien que le système financier soit secoué et qu’il puisse même se détériorer davantage, les banques centrales et les gouvernements du G8 sont en constante communication pour prévenir un effondrement, et mettre en place des programmes de sauvegarde pour maintenir le système financier opérationnel, colonne vertébrale de nos économies. Le probable rachat ou mise en tutelle par le Trésor américain des deux sociétés hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac, va sans doute rassurer les marchés et les prêteurs, mais il y aura un prix à payer de quelques 200 milliards $ US… Et si l’économie continue de ralentir, serait-ce là un gouffre sans fond? Tout cela, vous voyez, est lourd de conséquences à venir!
Dans cette forte tendance de ralentissement, le pétrole redescend, réduisant les pressions inflationnistes et éloignant le scénario malsain de la stagflation (stagnation de l’économie et inflation élevée). Mais le prix de cette matière, précieuse au fonctionnement de notre économie, ne retrouvera jamais ses niveaux d’antan. Le mal est fait.
L’économie s’essouffle, mais le prix du baril au-dessus des 100 $ semble pouvoir se digérer. L’offre peine à progresser. Ce pétrole ultraprofond qu’on nous promet tarde à jaillir de ses fosses marines. Il est techniquement difficile à extraire et coûte très cher. Je pense également que l’OPEP est prête à réduire sa production pour maintenir le prix au dessus de ce seuil… Enfin, les problèmes de pollution et de la rareté relative de l’énergie fossile poussent «une main invisible» à maintenir ce prix élevé, favorisant ainsi la recherche et l’émergence d’énergies de remplacement non polluantes.
Le système doit s’ajuster, mais cela ne se fera pas sans heurts, sans dégâts. Cela fait parti tout normalement de l’évolution économique, évolution cyclique que j’ai déjà abordée dans un article du 20 janvier 2008. Tout n’est toutefois pas à jeter aux oubliettes, bien que la maxime boursière « acheter au son du canon, vendre au son du clairon » ne soit pas évidente à appliquer…
La question qui se pose alors inévitablement est : «Que faisons-nous avec nos placements ?». Je l’aborderai en détail dans une prochaine chronique. Mais voici quelques pistes auxquelles vous pourriez réfléchir :
▪ ceux qui recherchent la protection du capital, mais qui souhaitent néanmoins prendre part à la croissance des matières premières : billets de dépôt garantis et liés à un panier de matières premières;
▪ ceux qui désirent des placements de qualité offrant des revenus stables tout en permettant une opportunité de croissance à long terme : certaines banques canadiennes peu exposées aux PCAA, et / ou grandes entreprises ayant une niche ou une exposition internationale dans un secteur où une tendance lourde se dégage, ou dans le secteur de la consommation de base;
▪ ceux qui cherchent des fonds communs de placement dont l’expertise, la réputation et l’approche personnalisée sauront répondre à leurs besoins;
▪ ceux qui ont une vision verte de l’avenir et une idée sur les grands enjeux environnementaux : des entreprises de qualité ou des fonds communs de placement qui sont reliés ou investis dans le traitement des déchets.
Dans tous les cas, je vous recommande de discuter avec votre conseiller, de lui exprimer vos besoins, vos attentes, vos contraintes ainsi que votre degré d’aversion au risque. Il est essentiel de comprendre la nature des produits dans lesquels vous souhaitez investir en osant poser toutes les questions qui concernent votre situation.
Comme le je dis toujours, il n’y a pas de questions stupides, mais c’est stupide de ne pas poser celles qui vous tracassent. Après tout, il s’agit de votre argent…
1 PCAA : Papier commercial adossé à des actifs non bancaires tels que des prêts hypothécaires et des prêts à la consommation

I found your site on technorati and read a few of your other posts. Keep up the good work. I just added your RSS feed to my Google News Reader. Looking forward to reading more from you down the road!