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Que se passe-t-il donc aujourd’hui dans notre société pour que des fraudes, des crimes financiers, des financements illégaux et de la corruption se transforment en scandales, éclatant ainsi au grand jour et de tous les côtés ? Je suis pourtant convaincu qu’ils étaient légion au cours des 50 dernières années, que dis-je, des siècles passés. Seule la pointe de l’iceberg en a dévoilé son lot, le reste du panier de crabes étant maintenu silencieux dans les griffes de l’omertà.  Par crainte ou par intérêt, ou par manque de couverture médiatique…

Le scandale fait partie de l’hommerie, cette partie obscur de l’être humain qui, avide de pouvoir, de richesse et de gloire, fait passer son intérêt personnel bien avant celui des autres et est prêt à toute forme de bassesses pour parvenir à ses fins.

« On ne peut rien changer à la nature profonde des êtres humains, partout où il y a de l’homme il y a de l’hommerie! », écrit Michel Falco dans Un loup est un loup. Cet aphorisme de St François de Sales (1567-1622) 1, patron des journalistes et écrivains, est terriblement d’actualité. Avec leur puissance de frappe instantanée à large échelle et l’aide de délateurs qui s’érigent en justiciers masqués, les médias, soumis au jugement de la côte d’écoute, rendent accessible à tous les citoyens ces agissements de bas étages.

La course à la consommation et l’exagération du capitalisme ont poussé de plus en plus de gens vers la malhonnêteté. Et comme personne n’est responsable et presque personne n’est puni, eh bien cela se propage. La divulgation au grand jour de ces magouilles, où l’éthique est allègrement bafouée, se traduit par un cynisme grandissant envers la classe politique et les hauts dirigeants des grandes entreprises, ainsi que par une perte de confiance dans notre système démocratique. L’exaspération du public atteint un niveau sulfurique.

La crise des suprimes, bel exemple de cette hommerie, a provoqué une crise dont les conséquences sont loin d’être terminées. Ce plus grand hold-up de tous les temps a brisé des vies, ruiné des milliers de citoyens, dilapidés des retraites, provoqué un gouffre abyssal des finances publiques. Pire, il a fortement ébranlé la confiance ! La confiance du peuple envers l’édifice socio-économique.

Cette crise est comme un catalyseur qui ramène à fleur de peau tous les autres scandales que notre société a vécus en direct et ceux plus anciens amenés à notre collectif par les médias et nos lectures personnelles. Du coup les nouveaux scandales se trouvent encore plus médiatisés par notre niveau de tolérance désormais saturé. L’heure est grave, et il est assez cocasse d’entendre nos politiciens supplier les électeurs d’aller voter aux élections municipales au Québec le dimanche 1er novembre 2009.

Quelle légitimité nos gouvernements pourraient-ils justifier si 75 % des électeurs refusaient de remplir leur devoir de citoyens ? Ce serait un véritable tsunami qui pourrait s’étendre aux autres paliers de gouvernements. Le choc serait dantesque, même sans rébellion armée ! Et si l’un des candidats gagne les élections avec disons 40 % des votes, cela signifie que 60 % des électeurs ne sont pas en sa faveur… C’est légal, mais est-ce légitime ? N’est-il pas temps, au non de l’éthique et de la transparence, de faire évoluer notre système de représentation ?

Oh là là, j’ai mal à l’éthique ! Où sont donc la bonne morale, le respect d’autrui, l’intérêt collectif ? C’est la règle du chacun pour soi. Le peuple, les petits actionnaires, les minoritaires se sont tous fais usurper leurs droits. Ce système fonctionne néanmoins avec ses excès, ses bulles qui viennent brasser la cage et remettre, pendant un certain temps, de l’ordre dans la mécanique. Jusqu’à l’éclatement de la bulle suivante. Mais aujourd’hui, de plein pied dans l’ère des communications, tout le monde a accès à tout et tout finit par se savoir… Nous sommes peut-être à la limite de la goutte d’eau qui va faire déborder le vase ?

Nous avons un besoin urgent de leaders purs et durs qui sauront se lever pour nous rallier et mettre de l’ordre dans le système économique. La pression sera forte de la part des bénéficiaires du laxisme du système. Cela risque d’être un chemin de croix, jusqu’à la résurrection. Mais c’est le devoir de confiance des élus envers les citoyens !

Oh là là, j’ai mal à l’éthique ! Car c’est aussi de notre faute si tout cela arrive. Comme le dit Stéphane Laporte dans son éditorial dans la Presse du 24 octobre 2009, « … on ne le sait pas vraiment, on s’en doute mais on ne veut pas le savoir. Des naïfs par choix. Des innocents au courant.»

Nous pouvons crier à l’injustice, au scandale, mais nous devons faire notre bout de chemin. La guerre au fraudeur, à la corruption, aux criminels en cravate, la restauration de l’éthique comme bannière de notre société démocratique est l’affaire de tous et chacun. Allons voter, c’est un devoir de citoyen, mais exprimons-nous, faisons valoir notre éthique dans nos gestes de tous les jours. Nous avons abandonné notre pouvoir aux rythmes des élections. Récupérons-le et changeons notre attitude : mandatons nos élus, demandons des comptes et impliquons-nous éthiquement au sein de toutes nos activités sociales et professionnelles. C’est notre privilège et devoir de citoyen.

1- Jean-Claude Guillebaud, essayiste : Un christianisme d’institution et de protestation – La Croix, Lettres aux catholiques troublés. Lettre N° 5 – 3 avril 2009

L’éclatement des récents scandales financiers au Québec et l’évolution de l’affaire Norbourg, digne d’un polar à rebondissements, ont fait ressurgir la question de l’indemnisation des victimes d’une fraude financière. Mais de quelle indemnisation s’agit-il ? Il y a celle reliée à une fraude et celle reliée aux impôts versés suite à des plus-values fantômes.

Même si l’investisseur se doit d’être plus vigilant envers ses investissements et ceux qui les gèrent, il faut admettre qu’il est mal protégé et surtout peu informé face aux fraudeurs du milieu financier. Ce qui ne le dégage pas pour autant de sa responsabilité. Alors, faut-il indemniser ?

Lors du scandale de Norbourg, l’AMF avait initialement refusé de compenser les victimes, en partant du principe que le Vincent Lacroix gestionnaire de portefeuilles et le Vincent Lacroix distributeur de fonds communs était une seule et même personne, et que la fraude a eu lieu «principalement dans la gestion des fonds communs», a affirmé le p.d.g. de l’AMF, Jean St-Gelais. Or le Fonds d’indemnisation de l’AMF « ne sert que dans les cas où il y a manœuvre douteuse à l’étape de la vente. »

Puis sous la pression des victimes l’AMF a fait volte face. Elle a finalement admis qu’il pouvait y avoir deux Vincent Lacroix et que celui qui était le grand patron du distributeur, via les firmes Norbourg Capital et Groupe Futur, avait indûment incité certains de ses représentants à vendre les Fonds Norbourg à leurs clients. Il y a donc eu manœuvre douteuse à l’étape de la vente. C’est pourquoi seulement 925 sur les quelques 9200 victimes du scandale ont reçu les 31 millions du Fonds d’indemnisation de l’AMF. Les autres devront attendre patiemment la conclusion des recours collectifs…

Dans l’affaire Earl Jones, il y a eu également manœuvre douteuse à l’étape de la vente puisque l’intéressé a fait des fausses représentations quant aux produits et services offerts à ses clients. Mais Earl Jones n’étant pas un représentant enregistré à l’AMF, ses victimes ne peuvent donc pas se prévaloir du Fonds d’indemnisation de l’AMF.

Toutefois, de nouveau sous la pression des victimes relayées par les médias et la montée de la méfiance envers le système financier, les ministres du Revenu fédéral et provincial ont ouvert une porte et sont disposés à évaluer une forme d’aide aux victimes de cette escroquerie pyramidale. Un grand nombre de ces victimes ont en effet payé de l’impôt sur des plus values fictives de leurs portefeuilles frauduleusement volatilisés. Mais si aide il y a, elle devrait alors s’appliquer également aux victimes de Norbourg et d’autres scandales qui se trouvent dans la même situation du point de vu fiscal. 

L’enjeu est énorme et les conséquences multiples. D’un côté il y a la logique d’un impôt payé sur du vent suite à une fraude, mais de l’autre il y a le côté responsabilité de l’investisseur et des risques directs et collatéraux qu’il prend en achetant des produits et services financiers.

 

Alors, que faire ?

Je ne crois pas que l’État doive être le sauveur miracle de toute forme d’injustice suite à un choix volontaire pris par un particulier. La protection contre les risques de fraudes et de crimes financiers doit venir d’un ensemble d’éléments allant de la responsabilité de l’investisseur à celles des différents intervenants dans le processus d’une transaction impliquant des produits ou des services financiers.

L’investisseur doit s’impliquer davantage dans son éducation financière et dans la vérification de la qualité des produits et services financiers qu’il recherche. La confiance ne peut pas être aveugle. Elle doit se partager et se mériter.

Mais le corollaire à cette conception est la responsabilité et l’imputabilité des fournisseurs de produits et services financiers, mais aussi de l’Autorité de réglementation dont le rôle est essentiel dans la confiance envers le système financier et dans son fonctionnement adéquat.

À la lumière de ces prémisses, l’État doit donc donner à l’Autorité les moyens d’être compétente et efficace pour accomplir sa mission, ainsi que des outils puissants et dissuasifs pour lutter contre les fraudeurs de tout acabit.

L’État doit également amender les lois pénales, les élargir et sérieusement les renforcer en ce qui concerne la nature des crimes financiers, la durée des peines et le principe de la libération conditionnelle qui s’y appliquent.

L’État doit enfin créer un système de compensation des victimes contre les risques systémiques (non reliés aux fluctuations des marchés) qui sera alimenté par tous les intervenants dans tout processus de transaction financière : le client, le distributeur, le gestionnaire et le manufacturier. Cette compensation cependant doit être plafonnée et soumise à certains critères d’éligibilité au regard d’une démarche responsable de l’investisseur.

L’État ne doit pas se substituer à la responsabilité du citoyen qui est essentielle, mais il a la responsabilité de créer et de maintenir la confiance envers les institutions et le fonctionnement du système économico-financier.

14 août 2009 – Réponse à l’article de Bernard Mooney dans les affaires.com
http://www.lesaffaires.com/nouvelles/opinion/blogues/blogue.fr.html?handle=BernardMooney

Voici les grandes lignes de cet article…

… Les grandes sociétés financières canadiennes profitent de la récession et du marché baissier pour agrandir, renforcer leur monopole.

Les spécialistes eux expliqueront cela en parlant de consolidation.

Par exemple, les banques canadiennes ont profité du krach de 1987 pour prendre le contrôle quasi total du courtage en valeurs mobilières. Par la suite, ils ont fait de même avec le secteur des fonds communs.

C’est ainsi qu’en deux décennies, les financières canadiennes ont sans cesse  agrandi  leur monopole qui est devenu indécent. Au  point où l’épargnant, l’investisseur et les gens d’affaires ont moins en moins de véritables options, de choix.

Et cela se poursuit. Hier, par exemple, Manuvie a acheté la société de fonds AIC, ajoutant 3,8  milliards d’actif sous gestion…

 

Bonjour Monsieur Mooney, 

Vous touchez là le cœur du débat des services financiers : la concentration du pouvoir et, son revers, l’uniformité et la limitation des choix offerts aux clients.

Votre analyse est bien juste et la tendance est criante que tous les services financiers se retrouvent finalement dans les mains des banques et des compagnies d’assurances qui un jour finiront par se fusionner…

Un par un les indépendants sont forcés de se vendre à ces empires pour préserver leurs services personnalisés. Pensons simplement à Option Retraite et aux Fonds Everest. Car si leurs clients apprécient leurs services, ils ont désormais en tête la petite question : “Est-ce que cette firme pourrait être un futur Norbourg ou un Earl Jones ?” La sécurité semble avoir le dos bien large !

Peu à peu la rationalisation et la réduction des coûts feront leur œuvre afin d’améliorer la dernière ligne du bilan des géants : le profit. Cela deviendra une machine bien huilée à générer simplement des commissions. Le conseiller financier de monsieur et madame Toulemonde se rapprochera du format salarié avec bonus. Il y aura moins d’intérêt pour cette profession. Au détriment du choix et du service. Sauf pour ceux dont les actifs atteindront le seuil minimum requis pour obtenir des services personnalisés.

Dans ce domaine des services financiers, le libre service pourrait bien continuer à exister sous forme d’une poudre aux yeux, mais les rendements, eux, seront extraordinairement tributaires des gros joueurs qui désormais influencent les bourses pour leurs propres intérêts. Bien loin de ceux des petits investisseurs… La situation actuelle, suite à la crise des subprimes, est si évidente ! Les récents profits de banques proviennent surtout des opérations de courtage sur les marchés financiers, très peu du détail ou du commercial…

La seule possibilité pour les investisseurs de forcer le système financier à leur octroyer des services adéquats, personnalisés et en lien avec l’économie réelle passe par l’éducation et l’expression des valeurs humaines. L’éducation nécessite une implication personnelle que ce soit dans des lectures (journaux, magazines, livres, blogues) et / ou dans des cours de formation. Mais surtout et aussi en posant des questions. Oui, en osant poser des questions. Et rappelez-vous bien ceci : il n’y a pas de questions stupides, mais c’est drôlement stupide de ne pas en poser !

Il ne s’agit pas de devenir des experts, mais de comprendre le fonctionnement de base de l’économie, des valeurs mobilières, le rôle du gardien des valeurs, les risques de fraudes… Même si cela semble rébarbatif au premier abord, ayez une attitude positive et dites-vous qu’il s’agit de votre argent. Avec ces connaissances, vous serez plus exigeants envers la qualité des produits et services financiers offerts.

Dans ce processus, l’investisseur doit également rechercher le conseiller financier qui partage les mêmes valeurs que lui. Quelqu’un qui sait écouter, qui a de l’empathie. Là aussi, il faut s’éduquer – de la même manière – sur les comportements humains, sur les troubles de la personnalité, sur les tendances psychopathiques. La confiance ne peut pas être aveugle. Elle doit se partager et se mériter. S’il y a des pommes pourries parmi les professionnels des services financiers, il y a encore fort heureusement de nombreux conseillers financiers hautement intègres et « fiers de leur profession ».

La société étant le reflet des valeurs exprimées de ses individus, les investisseurs doivent se réapproprier l’expression de leurs besoins. L’Autorité des Marchés Financier a sans aucun doute un rôle prépondérant à jouer dans cette r-évolution en ramenant l’intégrité, la transparence et les valeurs humaines au sein de cette industrie.

La confiance ! Mot clé de toute relation humaine. Cela tout le monde le sait ! Mais on en parle sur toutes les tribunes depuis l’historique débandade des marchés financiers en octobre 2008 alors qu’une bande de joyeux lurons en cols blancs hautement gradés avaient largement abusé du système et brisé la confiance des investisseurs.

L’onde de choc s’est brutalement répandue à l’Économie. L’angoisse, l’incertitude, la peur ont saisi le consommateur qui, voyant ses actifs dépréciés et sa retraite amputée, a aussitôt mis les deux pieds sur les freins. Sa confiance dans l’avenir est apparue d’un seul coup bien sombre.

 

Du jour au lendemain la confiance est devenue le terme le plus populaire de la planète. Que ce soit pour expliquer les causes de la crise financière puis de la récession économique ou pour orienter les mesures titanesques qu’il faut prendre pour relancer notre modèle de consommation.

 

Les États-Unis d’Amérique, par qui le péché est venu, ne lésinent pas aujourd’hui sur ces mesures aussi effrayantes : déficit budgétaire abyssal, rachat massif de bons du Trésor par la planche à billets, renflouement presque nauséabond du système bancaire, de GM et de Chrysler. On jongle avec des milliers de milliards de dollars comme un semeur épand sans compter ses semences sur son champ dans l’espoir d’une germination future. La grosse différence étant que les semences sont réelles, alors que les dollars sont virtuels, fictifs !

 

L’engrenage qui s’était grippé semble se remettre en marche, et l’espoir que le pire est passé et que les consommateurs vont se remettre à dépenser ont fait bondir les bourses. De son bas de 6 440 le 9 mars dernier, le Dow Jones a grimpé de plus de 36 % (8 763 au 5 juin) et flirte avec les 9000 points. Le S&P500, plus représentatif de l’économie américaine, a grimpé de plus de 42 %. Et l’euphorie s’est emparée de toutes les bourses mondiales. De quoi reprendre confiance et embarquer dans le train de la reprise. Toute publication de chiffres moins mauvais que les prédictions ou que les résultats précédents, toute annonce de renflouement de certains mastodontes devenus moribonds sont un prétexte pour dire que le système se stabilise, pour redonner espoir au consommateur et faire grimper les indices. Mais qui donc achète ? Qui a donc un intérêt trop évident que les indices remontent à court terme ? Le système financier opulent qui nous a mené au chaos et qui maintenant veut se libérer des fonds étatiques venus le sauver ?

 

L’empressement des grandes banques américaines à restituer leur argent au contribuable est peut-être un cadeau empoisonné. Cela pourrait en effet être l’aveu qu’elles n’attendent aucun profit des futurs prêts qu’elles pourraient consentir en prenant un minimum de risque. Comme elles ne sont probablement sûres de rien, elles préfèrent rembourser le TARP (Troubled Asset Relief Program mis sur pied par le gouvernement américain pour le sauvetage d’actifs toxiques) dans l’urgence, plutôt que de conserver un matelas de liquidités destinées à soutenir des projets d’entreprise ou des acquisitions immobilières. Les banques américaines veulent ainsi signaler leur solidité aux marchés et surtout éviter la sévère réglementation qui accompagne les fonds gouvernementaux, particulièrement en ce qui concerne les salaires et les boni à la haute direction.

 

Le ton des Autorités est encourageant, et les nouvelles dans les journaux sont moins négatives. On évite toutefois de trop parler des déficits, on minimise le chômage, on maquille quelque peu les chiffres du ‘stress test’ des banques américaines. « Le Wall Street Journal et le Financial Times révèlent en effet que les 19 grandes banques américaines participant aux ‘tests de résistance’ ont négocié comme des marchands de tapis pour faire baisser les chiffres officiels concernant le montant de capital requis en cas d’aggravation de la crise »1. Et les autorités britanniques refusent de  publier ceux des leurs banques car « ces informations pourrait conduire à une incertitude au sein des marchés financiers… »1. Tout est bon pour ramener la confiance dans le public. Mais à quel prix ?

 

Les assouplissements monétaires et la planche à billets sont entrés en service commando. L’explosion de la dette est une bombe à retardement, d’autant plus qu’elle se fait sur les prémices que le consommateur va reprendre ses habitudes. Mais ce qui est certain c’est que ce ne sera plus avec la même frénésie. Un chat mouillé craint l’eau froide…

 

L’ampleur de la dette commence à être mesurée par les esprits. Pour les huit premiers mois de l’exercice budgétaire 2009 (qui a démarré le 1er octobre 2008), le déséquilibre budgétaire global des Etats-Unis a plus que triplé par rapport à la période correspondante de l’exercice 2008/2009. Il s’élève à 992 milliards de dollars, soit 11% du PIB en rythme annuel.

 

« Aujourd’hui le principal enjeu  pour les États-Unis, n’est plus seulement le degré de confiance qu’inspirent les banques ainsi que l’ampleur du déficit du Gouvernement fédéral mais bel bien celui qui concerne les déficits des États, entre 22 et 32% de leur PIB. Avec une Californie en faillite et qui ne survit qu’à coup de dotations exceptionnelles, avec une région des Grands Lacs et du Centre en pleine récession, une Floride qui voit s’effondrer ses recettes fiscales (taxes foncières, tourisme) et un système de santé au bord de l’apoplexie financière, c’est le crédit du pays tout entier qui est menacé d’un abaissement de notation. Bien entendu, aucune agence n’osera priver ouvertement les États-Unis de leur triple A.»2 Mais comment donc l’Amérique pourra-t-elle rembourser cette gigantesque dette, alors que le centre du monde se déplace de l’autre côté du globe ?

 
La Chine, grande détentrice de la dette américaine avec plus de 750 milliards US, semble ne plus faire confiance à l’Amérique de protéger son dollar. Elle s’inquiète. Elle change sa politique et passe désormais à l’achat de dette américaine de court terme (bonds du Trésor), laissant les obligations de plus long terme à d’autres acheteurs. Elle vient aussi de signer un accord avec le Brésil pour que leurs échangent commerciaux ne soient plus libellés en dollars. Gageons que cette pratique va s’étendre à toute l’Amérique du Sud, excepté peut-être du Mexique. Enfin, la Chine est en train de réformer son économie pour l’orienter vers son marché intérieur. Ce qui ne profitera pas forcément aux Occidentaux.

 
Devant ce fragile dollar qui commence à piquer du nez, le pétrole compense et agit en refuge, reprenant son envol. Il approche les 70 $. Cela non plus n’a pas de quoi réjouir le consommateur. Tout cela appelle donc la prudence avant de sauter dans cette embellie qui pourrait être trompeuse…

 
La confiance est le nerf de l’activité économique, mais il ne faut pas pour autant être naïf. Restaurer la confiance du consommateur, de l’investisseur ne signifie pas pour autant lui mentir. On peut certes rassurer, être positif et regarder en avant, mais il faut dans le même mouvement montrer les deux côtés de la médaille, être transparent dans les interventions et responsabiliser les preneurs de décisions.

 
Notre système actuel a montré ses limites. S’il est important de restaurer la confiance et d’éradiquer les abus, il est essentiel de réfléchir ensemble et de revoir notre modèle. La crise financière mondiale est imputable à la séparation de la sphère financière de la sphère réelle. Peut-être pourrions-nous trouver quelque inspiration dans le modèle de la finance islamique 3, et revoir le fonctionnement de certains rouages de notre système tels que le principe de l’intérêt et celui de la responsabilité sociale de l’investissement ?

Toutes les opérations financières devraient se faire dans la sphère réelle de l’économie. La restauration de la confiance passe inévitablement par un renouveau de notre système économique et financier, et une ouverture à de nouvelles valeurs, à un respect des autres. La responsabilisation passe par l’éducation. De là viendra la confiance !

 

1 La Chronique Agora, édition du 30 mai 2009

2 La Chronique Agora, édition du 10 juin 2009

3 Voir http://fr.wikipedia.org/wiki/Finance_islamique)

Ou comment intégrer les valeurs caritatives au cœur du milieu des affaires…

La crise dans laquelle nous sommes actuellement plongés est non seulement financière et économique, mais c’est aussi et surtout une crise systémique, une crise de valeurs. De valeurs que l’on a oubliées, qu’on a laissées de côté pour se tourner vers la facilité et le profit à court terme. Comme société, il semble que nous sommes devenus nombrilistes, sans états d’âme. Nous avons mis nos oeillères dorées et filtrons systématiquement ce qui nous rapporte au sens propre et au figuré.

Les nombreux scandales qui éclatent au grand jour ne sont-ils pas symptomatiques de cette orientation systémique du laisser-faire, laisser-aller ainsi que du manque de compassion envers autrui qui n’est ni dans notre cercle de connaissance, ni ne peut nous rapporter un intérêt ?

Paradoxalement, on assiste à une multiplicité d’initiatives caritatives, d’implications individuelles formidables au sein de fondations dans le but d’apporter une contribution à l’édification d’un monde meilleur où les valeurs humaines sont à la fois motrice et partie des objectifs de ces activités. Des hommes et des femmes de tous les horizons ont décidé de se tourner vers les plus démunis et de leur apporter gratuitement le meilleur d’eux-mêmes. Mais cela reste encore trop éparpillé, et ne fait pas encore partie de nos habitudes de vie sociétale.

Parmi ces bénévoles, de nombreux dirigeants et cadres sont engagés dans leur communauté au sein de fondations et autres organismes à caractère caritatif. Leurs motivations sont variées, que cela aille du réseautage à la déculpabilisation en passant par le besoin de reconnaissance. Il n’en est pas moins que tous ces responsables administratifs donnent généreusement de leur temps et de leur expérience à des causes orientées vers les autres, leur assistance, leur bien-être, leur développement, leurs soins physiques et mentaux, leur protection.

Au sein de ces conseils d’administration où ils prennent des décisions et des engagements pour lever des fonds, pour lancer et encadrer des projets, ou sur le terrain où ils mettent la main à la pâte pour se rapprocher et vivre avec ceux qui ont besoin d’aide, tous ces gestionnaires apportent la plus haute dimension d’eux-mêmes et toute leur expertise en utilisant les mêmes outils de gestion qui font partie de leurs quotidiens professionnels. Les valeurs humaines de base et essentielles au développement harmonieux et durable d’une société telles que le respect d’autrui et l’acceptation de ses idées, de sa différence, la compassion, l’esprit d’entraide et de charité forment les grandes lignes directrices qui orientent leur implication.

Ces activités altruistes vous rattrapent au plus profond de vous-même et permettent de se réaliser à travers une meilleure connaissance de soi et du monde qui nous entoure. Il apporte un bonheur profond, celui de savoir donner sans rien attendre en retour. On entre ainsi dans l’état de sagesse, cette sagesse qui permet de s’affranchir de l’idée du soi, donc de toute tendance égotiste ou narcissique. N’est-ce pas là la sublimation de l’être humain ?

Cette attitude peut être contagieuse, mais il lui manque un relais puissant pour l’étendre au sein de la vie professionnelle. Ces bénévoles cols blancs, dont bon nombre sont fortement diplômés avec des maîtrises, pourraient-ils être ce moteur, cette courroie de transmission en apportant au monde des affaires cette sagesse exprimée dans les activités caritatives ? Leur diplôme exprime en soi ce rôle hautement responsable : maîtrise et administration des affaires.

La maîtrise est la connaissance suprême, le contrôle infaillible des processus, la perfection et la sûreté dans la technique. L’administration des affaires est la capacité à gérer efficacement les relations humaines dans le développement, la commercialisation et l’application de ces processus et de ces techniques. Et sans humains, il n’y a pas d’affaires. Alors, ces MBA, maîtres en administration des affaires, ces M. Sc., maîtres en science de la gestion, ces CMA, comptables en management accrédités, ces CGA, comptables généraux, ces Administrateurs agréés et autres gradés pourraient-ils être des porte-étendards ? Qui pourraient puiser à l’essence même de ces valeurs pour se porter volontaire à la réforme d’un nouvel ordre social des affaires ? La créativité sociétale responsable et l’altruisme y auraient une place naturelle, la notion de profit individuel serait partie intégrante du bien-être collectif, la notion de gratuité, de service au sens noble serait une composante de la notion de profit.

Les choix économiques, sociaux et environnementaux que prennent les entreprises influent sur la vie des actionnaires, des clients et des employés ainsi que sur la vitalité des collectivités où elles sont présentes. C’est le moment d’établir une nouvelle charte des affaires et de les diriger de manière éthique et selon des principes rigoureux d’honnêteté, de transparence et de responsabilité. Aujourd’hui la responsabilité sociétale est devenue un enjeu majeur et porteur d’espoir. Pour un nouvel ordre économique et social.

La crise nous montre les limites de notre système économique. Mais il n’est pas pour autant à mettre au rancart. Il faut le repenser, lui apporter un souffle nouveau et y intégrer des valeurs qui le feront grandir, ces valeurs issues de ceux qui composent ce système : des valeurs humaines. Les dirigeants et cadres bénévoles pourraient être le pivot de cette nouvelle approche dans le monde des affaires, provoquer des tables de réflexions pour mieux redistribuer notre énorme richesse, pour moins gaspiller nos immenses ressources, pour redéfinir nos rapports avec autrui, partenaire ou compétiteur, dans le respect, l’acceptation et la compassion.

Aguerris aux affaires, innovateurs, ces preneurs de décisions savent très bien s’impliquer avec tout leur bagage dans des œuvres caritatives. Leur formation poussée et continue, appuyée sur l’expérience du terrain et l’interaction de groupes, leur ont apporté un esprit de synthèse et une capacité à aller à l’essentiel, à s’appuyer sur de vraies valeurs. Ce sont des leaders, des catalyseurs dont le rôle dans l’entreprise est stratégique et déterminant. Inspirés de cet idéal du bénévolat, ils peuvent relever le défi et profiter de cette grave crise de valeurs pour amener aux affaires cette dimension humaine qui y fait tant défaut…

 

 

Une accumulation miracle ou un jeu de dupes ?

 

 

 Montréal 9 mars 2009, dans une grande salle bondée de l’hôtel Hilton Bonaventure, près de 800 personnes accueillent Henri-Paul Rousseau, précédé de la table d’honneur. Une grande partie du Québec inc. s’est déplacée pour cette occasion tant attendue. Devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, il vient présenter une allocution sur « la Caisse et la crise financière », c’est-à-dire nous donner sa version de la perte colossale de 39.8 milliards de dollars canadiens de la Caisse pour son exercice 2008. Il avait quitté l’Établissement le 30 mai 2008. 


D’entrée de jeu, l’ex-patron de la Caisse, nous fait la démonstration de son talent oratoire, qu’il a peaufiné durant de nombreuses années à titre de professeur de niveau universitaire. Très bien préparé, assisté de deux écrans géants et d’un plan en trois volets, le tribun aux allures de roc indestructible emmène son auditoire dans des explications claires, simples et logiques. D’emblée, il reconnaît l’erreur et admet sa responsabilité non pas dans le fait d’avoir eu des PCAA (Papier Commercial Adossé à des Actifs) 1, mais d’en avoir trop eus. Un tiers des 35 milliards disponibles sur le marché canadien. Il ne s’esquive pas. Il fonce et martèle qu’il prend ses responsabilités, mais qu’il n’est pas responsable de ce qu’il appelle « la tempête parfaite 2 ».

  

Un discours à la Chambre ne dépasse habituellement pas 20 minutes. Le président Michel Leblanc lui en accorde 40, vu l’importance du sujet. Il en prendra 48, sur un rythme soutenu et imagé. On ne s’ennuie pas une seconde. On en prendrait bien encore un peu. On reste cependant sur notre faim en ce qui concerne la question : pourquoi tant de PCAA, alors que hors Québec très peu d’institutions en ont ?

 

Il existe deux catégories de PCAA: celui émis par les banques canadiennes (85 milliards) et le «non-bancaire» émis par des fiducies torontoises (35 milliards), appuyées par des banques étrangères. Le PCAA est un titre de dettes à court terme de 30 à 90 jours, regroupées dans une fiducie, dont le rendement provient d’actifs sous-jacents (hypothèques, prêts personnels ou prêts sur automobiles) auxquels ce papier commercial était adossé. Au départ, il s’agissait d’hypothèques de haute qualité. La demande étant là, il a fallu augmenter l’offre. Alors, d’autres hypothèques de qualité inférieure, des prêts pour automobiles, des prêts personnels et des cartes de crédit ont été ajoutés aux différents paniers de PCAA. Cela a permis d’augmenter légèrement le rendement. Puis, avec l’engouement, on y a ajouté des « credit default swaps (CDS) 3 », des produits très complexes.

 

Henri-Paul Rousseau nous explique que la Caisse achète des PCAA non bancaires depuis 1997 et donc que cette accumulation ne s’est pas faite d’un seul coup. «L’accumulation est le fruit de centaines de transactions réalisées sur une période de plusieurs années sans aucun incident. La Caisse avait simplement beaucoup de liquidités, parce qu’elle avait encaissé beaucoup de profits de 2005 à 2007», dit-il. Il ajoute que le choix de ce type de placement n’était pas motivé par l’appât du rendement, peu importe le risque. Il fallait trouver un endroit où investir les liquidités de la Caisse, parce que la diminution de la dette fédérale avait rendu les bons du Trésor plus rares.

 

Poursuivant son envolée oratoire, Henri-Paul Rousseau, nous affirme que tout allait bien, jusqu’au fatidique 15 septembre 2008. Ce jour-là, le gouvernement américain refuse d’utiliser les fonds publics pour venir en aide à Lehman Brothers, embourbée dans la crise des subprimes (défaut de paiement) 4 qui a éclaté en août 2007. La compagnie se met alors sous la loi de la faillite. À l’ouverture des marchés financiers, c’est la panique. Le titre de Lehman Brothers, qui valait encore 66 $ au début de février 2008, chute ce jour-là de 94.2 % de sa valeur à 0.21 $, le Dow Jones plonge de 504 points et le marché du crédit se gèle complètement. Le monde financier réalise tout à coup que le paradigme du « too big to fail » ne tient plus. Dès lors, les joueurs restants n’osent plus se prêter entre eux. La débandade commence. La confiance disparait. La crise financière explose.

 

Pour l’ancien PDG, « le grand coupable, c’est la crise économique, la chute des valeurs personnelles, la cupidité, l’appât du gain, l’irresponsabilité, une certaine arrogance de la part des sorciers de la haute finance, à New York en particulier. La Caisse n’a pas créé la crise. Nous en avons plutôt subi les conséquences.»

 

Pourtant en août 2007, certains établissements financiers craignaient déjà que le PCAA non bancaire soit trop étroitement lié au secteur hypothécaire américain. Du jour au lendemain, les acheteurs se sont évaporés. La crise des PCAA au Canada explose dans la foulée de celle des subprimes aux États-Unis.

 

La Caisse de dépôt, qui est aujourd’hui l’organisation qui détient le plus de PCAA au Canada, était également en 2006 le plus important actionnaire de la firme de financement Coventree de Toronto, détenant jusqu’à 28.9 % de son capital. Aujourd’hui ombre d’elle-même, Coventree était le plus important émetteur indépendant de PCAA au pays. Les titres créés par Coventree ne se sont pas retrouvés directement dans les portefeuilles de la Caisse. Ils ont été vendus à des banques et courtiers canadiens, qui eux les ont revendus à leurs clients tels que la Caisse.

 

Au Canada, les banques étrangères n’étaient pas contraintes d’assurer le financement temporaire des fiducies de PCAA non bancaires. La liquidité des parts de fiducie de PCAA découlait en fait du roulement des actifs sous-jacents de leurs détenteurs, ou, à défaut, de lignes de crédit accordées aux fiducies par les banques étrangères. Du coup, l’arrêt du financement court terme, comme celui observé après la faillite de banques qui en détenaient, a créé le défaut de liquidité des parts pour les détenteurs restants. Devant ce défaut, les banques internationales impliquées dans Coventree se sont déclarées non liées en exploitant une faille de la réglementation canadienne. Quant aux banques canadiennes, elles ont bénéficié de l’intervention de la Banque du Canada pour faire face à leur problème de liquidité et ont honoré les lignes de crédit court terme en faveur des fiducies de leur propre création.

 

La firme canadienne DBRS, qui fut promotrice des PCAA non bancaires au début de 2000, leur accorda la cote R-1 et non pas celle de AAA, confusément véhiculée 5. Mais S&P et Moody’s ont refusé de les évaluer à cause précisément de la réglementation canadienne qui diffère des réglementations européenne et américaine en la matière. Au milieu d’août 2007, les marchés financiers canadiens sont ébranlés lorsque ces 35 milliards de dollars de PCAA non bancaires sont gelés, parce que certains intermédiaires, dont Coventree, se retrouvent dans l’incapacité de renouveler leurs effets arrivant à échéance. Rapidement la situation se détériore, et on peut facilement imaginer que la Caisse est forcée d’acheter de plus en plus de PCAA pour tenter de maintenir ce marché et ainsi éviter la liquidation massive des papiers, qui aurait été une bien plus grande catastrophe.

 

Un mois avant sa démission, Henri-Paul Rousseau reçoit les résultats d’une étude confiée à Pricewaterhouse Coopers, en janvier 2008, pour analyser la politique de gestion du risque des placements de la Caisse, justement en raison de la crise des PCAA. Mais les résultats sont gardés secrets. Jusqu’à présent.

 

Dans les grandes lignes, on sait aujourd’hui que les PCAA n’ont jamais reçu l’approbation de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario, qui d’ailleurs n’en était pas tenue. À la Caisse, la haute direction et les membres du CA étaient au courant de l’existence des PCAA, mais ils n’en réalisaient pas l’ampleur, ni le fait que certains étaient de source bancaire, alors que d’autres ne l’étaient pas. D’ailleurs, il n’y avait jamais eu de problème, et puis les PCAA faisaient partie après tout de la classe si sécuritaire du marché monétaire ! Les agences de notation ont accordé au PCAA une note qui dispensait les émetteurs de l’obligation de publier un prospectus et qui rendait ce type d’instrument admissible à bien des investisseurs. Il y avait sûrement d’autres priorités en terme de risque…

Avec la restructuration de ce papier commercial via l’Entente de Montréal, il y a de fortes chances que tous les détenteurs retrouveront leurs mises à l’échéance d’ici 7 à 9 ans. Entre temps, tous les détenteurs auront provisionné leurs pertes de dépréciation et encaissé les intérêts, et les banques et courtiers impliqués ont déjà ouvert une ligne de crédit (couverte par la restructuration) à leurs clients affectés pour leur assurer le cash flow nécessaire à leurs opérations.

Alors que cachent donc ces PCAA ? Un modèle d’affaires périmé… Une gestion du risque inadéquate… Une forte utilisation de l’effet de levier… Une gouvernance d’entreprise fantoche… Probablement un peu de tout ça à la fois. C’est là qu’il faut s’attarder.

 

La Caisse, sa mission et ses valeurs

La Caisse de dépôt est une formidable institution essentielle à la vie du Québec de par son rôle de gestionnaire des fonds de retraite, mais aussi de par son implication dans l’activité économique du Québec. Ce n’est pas elle qui a dérapé. C’est une poignée d’humains, qui ont voulu faire de ce paquebot, une frégate de compétition dans un marché fou, où les moindres décimales sont synonymes de centaines de millions, voire de milliards de dollars de profits ou de pertes.

 

L’institution n’est pas à condamner, ni surtout à être démantelée. Il faut la renforcer en y intégrant à la fois l’imputabilité des responsables et les valeurs humaines qui font tant défaut aujourd’hui dans le monde des affaires. Sa mission est noble, et les politiciens doivent lui laisser faire son travail.

 

Il faut cependant améliorer la transparence, d’autant plus que c’est une des valeurs fondamentales de la CDP. Le nouveau président Michael Sabia en a justement fait une des pierres de son credo. Encourageons-le dans cette voie.

 

Dans cette optique, le rôle du conseil d’administration est essentiel au bon fonctionnement d’une telle institution, et les personnes qui le composent doivent y être franchement dédiées. Il ne s’agit plus d’y placer des administrateurs de prestige qui sont trop occupés ailleurs. Il faut repenser leur rôle, le temps qu’ils y consacrent et leur connaissance du milieu. Sans doute faut-il les rémunérer davantage en retour d’une plus grande implication et les rendre imputables sur une grille de critères qui serviront de garde-fou à un jeu de dupes ?

 

La notion même de vérification doit également être révisée. Sans doute, le rôle du Vérificateur général doit être renforcé en lui permettant de faire une vérification complète (incluant la gestion du risque) plutôt qu’une simple vérification comptable. Ainsi en est-il aussi du rôle du responsable de la vérification interne qui pourrait se rapporter directement au Président et au Comité ad hoc.

 

En réalité, le vrai capital ou actif d’une institution financière comme la Caisse de dépôt du Québec est la confiance qu’elle inspire au public et à ses clients, les déposants…Plus on la malmène sur la place publique, plus les gens perdent confiance en elle, moins bien elle est perçue par les gens, plus il est difficile d’y attirer des talents. Et qui en paye le prix en bout de ligne ? Monsieur et madame tout le monde…pas les médias, pas les politiciens.

 

 

Nota bene : Vous trouverez une liste de quelques recommandations pour améliorer les pratiques financières dans mon article “Le mythe de l’auto-réglementation des marchés et la crise actuelle“, publié le 21 janvier 2009.

 

1 PCAA = Papier Commercial Adossé à des Actifs ( hypothèques, prêts personnels, prêts sur automobiles…)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 L’expression Tempête parfaite est la traduction de « Perfect Storm » qui provient du livre du même nom publié en 1997. Depuis la sortie du film en 2000, l’expression a beaucoup gagné en popularité et s’utilise pour décrire tout événement pour lequel un concours de circonstances aggravera la situation d’une manière dramatique. L’expression a gagné le 1er prix de Lake Superior State University dans sa liste de mots de 2007 qui méritent d’être bannis à cause de leur surutilisation.

 

Un credit default swap (CDS) est un contrat financier bilatéral (swap) de protection, dans lequel l’acheteur de protection verse une prime annuelle, exprimée en points de base (un centième d’un point de pourcentage) en fonction du montant notionnel de l’actif (en général obligations ou prêts), au vendeur de protection qui promet de compenser les pertes de l’actif de référence en cas d’événement de crédit (défaut de paiement). L’événement de crédit qui déclenche le paiement peut être une compagnie qui tombe en restructuration, en faillite ou simplement voit sa cote de crédit diminuée. Il n’est pas nécessaire pour l’acheteur de mettre de côté des fonds pour garantir la transaction. Il s’agit donc d’une exposition hors bilan.

 

4 Subprime est un terme financier qui fut popularisé par les médias lors de la crise de 2007 provoquée par les institutions financières prêtant de l’argent à des emprunteurs qui ne rencontrent pas les critères minima de solvabilité, et dont les risques de défaut de paiement sont élevés.

 

5 DBRS utilise en effet, un système de cotation différent pour les emprunts à court terme (R-1, la note la plus élevée, à R-5 ) que pour les emprunts à long terme (ex: les obligations) qui sont cotés AAA à D (voir Wikipédia à ce sujet).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La mission de l’Autorité des marchés financiers (AMF) est « d’appliquer les lois relatives à l’encadrement du secteur financier, notamment dans les domaines des assurances, des valeurs mobilières, des institutions de dépôt – sauf les banques – et de la distribution de produits et services financiers. »1

 

C’est elle le gendarme des marchés financiers et son rôle est multiple : prêter assistance et protéger l’investisseur, encadrer les activités de bourse et de compensation, ainsi que de distribution des produits et services financiers, surveiller les intervenants financiers et s’assurer que les processus soient respectés. Ce gendarme doit également punir les contrevenants, et le cas échéant les poursuivre devant les tribunaux.

 

Enfin, et non le moindre, il doit « veiller à la mise en place de programmes de protection et d’indemnisation des consommateurs de produits et des utilisateurs de services financiers, et administrer les fonds d’indemnisation prévus par la Loi. »1

 

Avec ce genre de préambule et en vertu du fait que ce gendarme est une institution de l’État, on est en droit de croire que les fraudeurs potentiels sont prévenus qu’on les a à l’œil et que les investisseurs sont confiants que le risque systémique est globalement bien protégé par le gendarme. Malheureusement le système est fait d’humains ! C’est l’histoire de la Tour de Babel…

 

Suite aux nombreux dérapages et aux scandales des dernières années, il apparaît bien évident que notre gendarme du Québec n’a pas joué efficacement son rôle de prévention. Peut-il cependant se consoler face à son confrère américain atteint d’une myopie aiguë et complice du modèle capitaliste exacerbé où la course effrénée aux profits à court terme est devenu le principal objectif, au détriment du client et du système ?

 

Les limites de la cupidité, du non respect des valeurs fondamentales et de l’auto-régulation ont été atteintes. Il faut immédiatement revoir notre modèle puisqu’il mène tout droit à la faillite de notre système économique. Il y a urgence en la demeure car un grave danger nous menace. En voulant le sauver à coups de dizaines de milliers de milliards de dollars, ce pourrait être la prochaine bulle meurtrière, celle de la dette. L’arrivée d’Obama n’est pas le fait du hasard, et sa volonté de changement et sa manière d’agir sont emplies d’espoir pour le rétablissement des vraies valeurs. Mais ce sera long et difficile. Les dirigeants politiques des autres pays vont forcément lui emboîter le pas.

 

Depuis le scandale de Norbourg, l’AMF s’est quelque peu réveillée. Elle tente de se remettre en selle, affichant son trophée de condamnation d’un Vincent Lacroix qu’elle aurait pourtant pu stopper deux ou trois ans avant l’éclatement du scandale. Mais il y a encore des trous énormes dans les mailles de son filet. Si sa philosophie de prévention des délits est belle sur papier, sa stratégie a un besoin urgent d’être révisée et d’intégrer de nouvelles valeurs. Voici deux propositions qui touchent le cœur même de la responsabilité, qui fait tant défaut à certains intervenants et garde-fous du système financier, et qui aideraient à ramener la confiance chez les investisseurs.

 

 

Regard en amont et code d’éthique

 

Il faut rapidement innover dans notre façon de faire et donner à l’Autorité des outils efficaces (moyens financiers et ressources humaines) pour regarder en amont et s’attaquer à la source des produits défaillants et des malversations. Une Autorité forte, bien équipée et compétente est le minimum que notre société doit exiger de son gouvernement.

 

La libre entreprise n’implique pas de devoir tolérer que des produits et services viciés soient mis sur le marché. Tous les maillons de la chaîne des intervenants doivent être impliqués dans ce renouveau et imputables aux manquements à l’éthique. Cette approche innovante aura ses opposants, puisqu’il s’agit de mettre sur pied une charte d’éthique concernant la moralité, la transparence et la fiabilité des processus d’élaboration et de distribution des produits et services financiers. Dans tous les cas de figure, tout manquement à la charte d’éthique mis à jour par l’Autorité expose l’entreprise et ses dirigeants, a une sévère amende et des poursuites judiciaires. 

 

L’État doit profiter de cette grave crise pour revoir notre modèle de fonctionnement et d’encadrement des marchés financiers. Une charte d’éthique, un « ISO 2000 », signée par les hauts dirigeants respectifs sera appliquée à tous les stades du processus de fabrication, de gestion de fiducie et de distribution des produits et des services financiers sur le marché du Québec. Cela nécessitera également une discussion et une collaboration au niveau des instances fédérales.

 

Au sein de cette charte – véritable révolution – il y aurait une série de critères, propres à chacun de ces stades, qui devront être respectés, faute de quoi les produits ne seront pas autorisés, et les contrevenants fortement punis. Un paragraphe dédié spécifiquement à ce code d’éthique devra être inséré à un endroit précis et bien visible dans les différentes versions des prospectus et dans les états financiers pour que les vérificateurs et l’Autorité puissent apposer leur sceau, comme cela se fait déjà pour le vérificateur au niveau des états financiers du gestionnaire. Le mot clé est imputabilité. En voici une ébauche :

 

- manufacturier : les critères techniques, financiers, juridiques et administratifs existent déjà et sont décrits dans les prospectus. Il s’agira donc principalement d’améliorer sensiblement les prospectus simplifiés pour la meilleure compréhension des investisseurs, et surtout de rendre le manufacturier et ses dirigeants imputables de toute fausse information volontairement écrite dans ces documents. Tout outrage à ce code d’éthique pourra entraîner la suspension du produit et le remboursement des dommages aux clients par le manufacturier. De plus, de lourdes amendes et des poursuites judiciaires seront entreprises par l’Autorité contre l’entreprise et ses dirigeants. 

 

- gestionnaire : le gestionnaire devra s’assurer de bien comprendre la nature des produits qu’il gère. Il est un filtre essentiel de par sa grande connaissance des rouages de la finance, et sa responsabilité doit être mise en jeu. Les comptes de titres et de liquidité du gestionnaire doivent être obligatoirement comparés tous les six mois par l’Autorité avec ceux du gardien des valeurs pour le compte de ce gestionnaire. En cas d’irrégularité dans la gestion, le responsable de la gestion du portefeuille se verra retirer sa licence. Il sera soumis à de fortes amendes et fera face à des poursuites judiciaires, et il en sera ainsi pour les dirigeants. Ces derniers subiront les mêmes sanctions en cas d’irrégularité dans les processus reliés à l’administration des avoirs des clients; 

 

- gardien des valeurs : comme son nom l’indique, il surveille l’avoir des investisseurs et est le garant des flux monétaires entre le distributeur du client et le marché. Il est donc responsable de la transparence de ces mouvements et doit en être imputable. Tout manquement à la charte d’éthique l’expose, ainsi que ses dirigeants, a une sévère amende, et des poursuites judiciaires. À ce niveau-ci, il faut redéfinir l’essence, le rôle et la responsabilité du fiduciaire.

 

- distributeur : le distributeur et ses dirigeants sont non seulement responsables de l’administration des comptes des clients mais aussi imputables de la représentation de leurs conseillers. Si un produit est distribué sans autorisation de l’AMF ou sous fausse représentation, le conseiller verra sa licence de distribution suspendue. Il fera face également, ainsi que le distributeur et ses dirigeants, a une sévère amende, et des poursuites judiciaires seront entreprises contre eux. Il s’agit ici non seulement de prévenir la fausse représentation et la distribution de produits non autorisés par l’AMF, mais aussi de responsabiliser le client par la disposition des documents relatifs aux permis et autorisations.

 

C’est sans doute un excellent moyen de protéger les clients contre les risques systémiques car le filtre sera installé à la source et tout le long du processus financier. Les consommateurs de produits et services financiers n’étant pas des experts, ce n’est pas uniquement à eux que doit revenir la responsabilité de vérifier. Comme pour l’achat d’une voiture ou d’un frigo, ils se renseignent sur les différents produits, leurs caractéristiques et la qualité du produit. Mais à moins de tomber sur un citron, le produit est supposé fiable, et il bénéficie d’une certaine garantie. C’est une question de confiance, la clé de la prospérité à long terme.

 

 

Programme d’indemnisation

 

Le programme actuel d’indemnisation contre les risques systémiques doit être repensé et élargi. Il est très étroit et mal ficelé. En règle générale ce sont les clients qui ont le fardeau de la récupération de leurs avoirs. Même avec les recours collectifs, ils sont bien seuls devant les équipes d’avocats des firmes fournisseurs de produits et services et de la machine bureaucratique. Le frais juridiques sont très élevés, et les procédures interminables. Pendant que la machine adverse ronronne, les clients lésés doivent vivre à avec le stress de l’argent disparu, volé, et les dommages collatéraux affectant leurs santé ou les forçant à retourner au travail.

 

Il faut donc installer un mécanisme de protection des placements des clients contre ces risques systémiques, sans pour autant enlever la responsabilité du client. Cela pourtant fait partie non seulement de la mission de l’Autorité, mais aussi de son devoir moral de conseiller le Gouvernement dans ce sens. 

 

Il pourrait y avoir trois volets. Les deux premiers seraient inclus dans un fonds alimenté par tous ceux qui sont impliqués dans la chaîne des produits et services financiers qui auront été transigés : manufacturier, gestionnaire, gardien des valeurs, distributeur et investisseur.

 

Le premier volet serait une garantie de la même nature que celle accordée aux dépôts bancaires. Avec un plafond identique pour tout le monde. Quelque soit le fournisseur délinquant (manufacturier, gestionnaire, gardien des valeurs ou distributeur). Au delà il y aurait un mécanisme de protection en fonction des actifs totaux investis du client selon un taux inversement proportionnel à la taille de ces actifs. Jamais 100 %. Ainsi les investisseurs avec des placements moindres seront davantage compensés que ceux qui ont de gros investissements selon l’idée que ces derniers ont une plus grande richesse totale que les premiers, sont donc moins vulnérables aux risques car plus diversifiés, et surtout ont davantage de capacité de s’informer et de compréhension des mécanismes de la finance. L’idée derrière ce second niveau est de pousser les investisseurs à être plus vigilants.

 

Ce mécanisme s’appliquerait aussitôt que la preuve de délinquance aurait été prouvée en cour. Cela forcerait l’AMF à poursuivre elle-même ceux qui ont enfreint la charte d’éthique, et renflouer ainsi son fonds de protection des investisseurs contre les risques systémiques. Il serait financé par toutes les parties impliquées dans chaque transaction effectuée.

 

En troisième lieu, les investisseurs lésés pourraient entreprendre des procédures en recours collectifs pour la partie des montants non couverts par le programme d’indemnisation.

 

 

En conclusion

 

La profondeur de la crise financière qui se répand sur l’économie et l’élection du président Obama, vont permettre que des actions, impensables il y a quelques mois encore, soit prises pour remodeler notre système financier. Le système de marché et de libre échange mondial est sans aucun doute la seule pierre d’achoppement pour permettre l’essor d’un nouvel ordre mondial.  Mais pour survivre il doit aussi devenir le meilleur moyen d’améliorer les conditions économiques et sociales de la population de la planète.

 

La responsabilisation sociale doit devenir la règle, puis la pensée du capitalisme moderne. Le rôle interventionniste de l’État est essentiel pour forcer cette restructuration. Fini le vaudeville. Terminé le marché casino. Il faut ramener la confiance par des nouvelles valeurs et manières de faire les choses. La plupart des intervenants de la finance sont des professionnels très sérieux, mais la course au rendement et au bonus leur fait parfois prendre trop de risques. Il faut donc améliorer le contrôle par une plus grande responsabilisation et intégrer de nouvelles valeurs, telles que la notion de l’équitable, du bien être et de l’intérêt collectif, à celle du profit.

 

Le rôle de l’AMF est capital. Son fonctionnement efficace, rigoureux et transparent est essentiel dans la restauration de la confiance des investisseurs envers le système financier. Les livres et le fonctionnement du gendarme des marchés financiers doivent donc être ouverts en tout temps au vérificateur général.

 

 

 

1 Source : L’Autorité des marchés financiers – http://www.lautorite.qc.ca/index.fr.html

 

 

 

 

 

Les marchés financiers ont la capacité d’anticiper plusieurs mois à l’avance l’évolution de la situation économique. Les spécialistes sont en effet équipés d’une panoplie d’indicateurs qui permettent de jauger la santé de l’économie et de sa tendance future. Tant et aussi longtemps que le rapport entre le travail et le capital, comme outils de production et de moyens de consommation, respecte un équilibre subtil qui permet un accroissement de la richesse globale d’un pays, les marchés financiers sont le reflet précurseur de la santé de l’Économie. Ils ne l’affectent pas en tant que tel, sauf dans le climat de confiance qu’ils représentent.

Cet équilibre a été rompu vers la fin des années 90. Le balancier s’est mis à pencher du côté du capital provoquant la bulle de l’Internet en 2000. Mais le déséquilibre a continué de s’accélérer jusqu’à la crise des subprimes 1, débutée à l’été 2007 et qui se poursuivra jusqu’à l’éclatement de la crise financière en septembre 2008, provoquant l’effondrement des marchés financiers. La violence de la chute est proportionnelle aux abus du « capital », et la crise de « Wall Street » (financière) a commencé à percuter « Main Street » (la rue, l’Économie proprement dite). Aujourd’hui, si les marchés financiers sont encore précurseurs, ils sont également le déclencheur de la crise économique qui s’avance devant nous.

Avec la fin des années 90, le capital a supplanté le travail comme valeurs permettant l’accès à la consommation. Le développement fulgurant de l’Internet a raccourci le temps, l’information devenait accessible sur le champ et les résultats de prises de décisions sont devenus instantanés. Mais les chiffres d’affaires mirobolants et les profits aux limites de l’indécence générés par le milieu financier, et l’augmentation de la valeur de certains actifs (immobiliers et boursiers) ont-ils créé une réelle augmentation de la richesse ? La réponse est non car la croissance était alimentée par une gigantesque dette.

L’éclatement de la bulle informatique en mars 2000 était un signe annonciateur du déséquilibre du rapport de force entre le travail et le capital. La pression constante exercée par le capital dérégulé sur les salaires a déclenché un cycle d’appauvrissement : réduction de la masse salariale globale, moins de demande, moins d’activité. Et face à la globalisation, la politique systématique de réduction du coût du travail pour améliorer la compétitivité et maintenir ainsi le niveau d’emploi, a eu pour effet de renforcer cette spirale baissière.

Privés de revenus pour assurer sa frénésie de consommation, le salarié a trouvé dans le crédit, adossé à ses actifs gonflés, l’instrument qui allait lui permettre de satisfaire ses besoins les plus fous. À ses yeux, la crainte initiale de la globalisation s’est transformée en une immense opportunité de produits à des prix sans cesse plus abordables. Le crédit était facile, le risque avait perdu son sens critique, les marchés boursiers semblaient permettre de bien meilleures probabilités de gains rapides que la Loto ou le travail. Le court terme était roi. Dans ce plongeon abyssal, il n’y avait pas de garde-fous. La sacro-sainte auto-régulation des marchés et l’appât démesuré du gain avaient ouvert une boite de Pandore. Mais quelle auto-régulation ?

«Partant du principe indiscutable selon lequel les intervenants économiques sont rationnels et que les marchés reflètent à tout moment dans leurs prix l’état et la santé du système économique, la ligne directrice de l’économie moderne imposait ainsi de réduire le plus possible l’emprise des États en laissant les marchés suivre leur cours naturel.» Ce fut la politique du laisser-faire de Greenspan et de ses amis.

Le secteur financier, super équipé en technologie de l’information, a vite fait de s’engouffrer dans cette liberté annonciatrice de profits mirobolants et a enclenché vers la fin des années 90 une croissance phénoménale des « dérivés de crédit », sans supervision, sans transparence et sans imputabilité. L’utilisation à outrance des swaps (non inscrits aux bilans financiers) et autres innovations financières ont permis toutes sortes de manigances par des spéculateurs, des escrocs et des psychopathes avides de profits. Si la libre circulation des travailleurs est loin d’être une réalité, celle du capital est totale. Du moins pour certains. La Bourse est devenue un vrai casino contrôlé par les grandes banques d’affaires et les fonds spéculatifs. Les banques américaines, à l’origine de ces prêts à hauts risques ont largement diffusé leurs risques de crédit par l’intermédiaire des dérivés de crédit, faisant de fait « participer » tout le monde à leurs problèmes. Cette frénésie a attiré des millions d’investisseurs de tout acabit, comme des papillons par une forte lumière dans la nuit.

Les manufacturiers de produits financiers ont embauché massivement des mathématiciens et autres scientifiques de haut calibre pour construire des produits et des modèles d’évaluation de plus en plus sophistiqués. Les évaluations des risques de ces produits ont été faites à partir de la volatilité des marchés financiers des cinq et dix dernières années. La volatilité 2 moyenne des cinq dernières années a été 15,5 et celle des dix dernières années (incluant l’éclatement de la bulle Internet et les attentats du 11 septembre 2001) a été de 20,2. Il est important de noter que la faible volatilité durant les années 2003-2007 a eu une influence déterminante sur l’évaluation des risques et la détermination du levier financier admissible. En effet, plus la volatilité est faible, moins les risques sont élevés.
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 Source : OrientationFinance.com               Source : Les affaires.com

Aveuglée par le potentiel de profits et forte de ses modèles d’évaluation, la machine des dérivés du crédit a explosé, passant de 180 milliards de dollars en 1996 pour atteindre le chiffre astronomique de 55 000 milliards de dollars US à l’été 2007. La réglementation était défaillante, absente.

Les membres des conseils d’administration, les agences de notation du crédit, les autorités des marchés et même les gestionnaires sont restés sans réaction, sans doute impressionnés et intimidés par la complexité de ces innovations. Le milieu financier était euphorique, le nez collé sur ses modèles mathématiques hyper sophistiqués. Les bourses montaient, les investisseurs empruntaient sur leur maison pour investir, les clients achetaient ces dettes restructurées.

Et puis, ayant étiré l’élastique du levier un peu trop fort, certains intervenants se sont retrouvés en défaut de paiement, une certaine nervosité est apparue, puis la volatilité des marchés a explosé. En novembre 2008 l’indice de volatilité a atteint 74,3 soit près de quatre fois la volatilité moyenne des 10 dernières années. Tous les calculs ont été bouleversés. Ces dettes restructurées sont devenues des produits toxiques. Ils n’étaient plus ou très peu négociables. Plus personne n’en voulait. Ce fut la ruée pour sortir de ce piège. Avec comme conséquences l’effondrement des marchés et la faillite des géants de la finance.

La crise financière actuelle a été amorcée et amplifiée par les forces mêmes du marché, poussées par une idéologie s’appuyant sur une foi aveugle en leur capacité à s’auto-réglementer et à corriger efficacement les excès. L’utilisation des dérivés de crédit permet de réduite la concentration de l’exposition au risque de crédit. Mais si le risque de crédit était effectivement initialement concentré dans le secteur bancaire, il convient néanmoins de ne pas oublier que la gestion du risque de crédit est le coeur de métier des banques, et que de plus, elles sont étroitement surveillées pour cela. En laissant le milieu financier s’auto-réglementer, nous sommes passés d’une situation où le risque est effectivement concentré, mais géré, identifié et surveillé, à une situation où le risque est dispersé vers des acteurs peu ou pas surveillés, tels les banques d’affaires et les fonds spéculatifs… Le constat est triste et sans appel, et le nombre d’intervenants qui réclament l’aide de l’État s’allonge de jour en jour.

Pour arrêter la dégringolade et restaurer l’indispensable confiance, l’intervention des Banques centrales et des États est la seule solution à court terme dont nous disposons. Les premières en baissant fortement leurs taux préférentiels, les seconds en injectant de gigantesques liquidités afin de nettoyer le système de ses produits toxiques et de faire redémarrer le crédit. Mais cette approche Keynésienne a ses limites aujourd’hui car tout stimulus, monétaire ou fiscal, et toute dépense supplémentaire de l’État visant à stabiliser et à relancer l’Économie vont faire exploser les déficits budgétaires, et les risques qui y sont rattachés. Attention à la surenchère des plans de relance… Il va falloir être très sélectifs, avoir de la persistance et beaucoup d’espoir.

Cette crise n’est pas un simple excès d’abus, c’est la démonstration qu’un système non contrôlé ne peut survivre. Nous sommes à un point de non-retour. C’est pourquoi nous allons devoir redéfinir les valeurs de notre système économique et financier et faire preuve de créativité dans les solutions à apporter. Cette crise qui peut durer quelques années va favoriser l’émergence de comportements nouveaux et de nouvelles valeurs chez les consommateurs, et par ricochet de nouveaux modèles d’affaires. Nous assisterons très probablement à une responsabilisation sociale. L’arrivée du nouveau président américain n’est sûrement pas l’effet du hasard.

Dans son discours inaugural du mardi 20 janvier 2009, le président Obama a très bien résumé en quelques lignes les valeurs qu’il entend remettre en avant.

« La question n’est pas non plus de savoir si le marché est une force du bien ou du mal. Sa capacité à générer de la richesse et à étendre la liberté est sans égale. Mais cette crise nous a rappelé que sans surveillance, le marché peut devenir incontrôlable, et qu’une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis. Le succès de notre économie n’est pas uniquement fonction de la taille de notre produit intérieur brut. Il dépend aussi de l’étendue de notre prospérité, de notre capacité à donner une chance à ceux qui le veulent, non par charité, mais parce que c’est la meilleure voie vers le bien commun. »

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Voici quelques initiatives que l’on peut entreprendre rapidement pour ramener un certain niveau de confiance et améliorer l’efficacité et la transparence du système financier :
• appliquer aux sociétés privées d’investissement (banques d’affaires et fonds spéculatifs) une réglementation similaire à celle des banques à chartre en fixant des plafonds pour le ratio « dette-capital » permis.
• créer rapidement une réglementation autour des produits dérivés comme les titres adossés à des hypothèques ou à des cartes de crédit, qui restent malgré tout des instruments efficaces de gestion du risque.
• établir une chartre d’éthique pour les produits financiers. Ils devraient obligatoirement en satisfaire les critères pour pouvoir être mis sur le marché.
• donner plus de pouvoirs cœrcitifs aux organismes de réglementation dans l’optique de décourager davantage les fraudeurs.
• oeuvrer pour une meilleure coordination des instances pénales et criminelles pour une plus grande efficacité des poursuites.
• amender les lois pénales et criminelles pour revoir la nature et augmenter la durée des peines accordées aux délinquants en col blanc, et revoir les règles de libération conditionnelle.
• éliminer le côté casino de la bourse en redéfinissant certaines règles trop laxistes :
          ▪ interdiction des « naked-shorts », c’est-à-dire des ventes à découvert sans support de titres;
          ▪ limitation de l’effet de levier et augmentation des marges requises pour les investissements à découverts ou  non.
• rendre aux actionnaires leurs droits en :
          ▪ imputabilisant les membres des conseils d’administration et les décideurs;
          ▪ permettant une représentation des actionnaires minoritaires au CA;
          ▪ réévaluant les octrois d’options pour éviter les abus et en les étalant sur du plus long terme;
• sans partir dans une chasse aux sorcières, enquêter les compagnies qui ont fait faillite et forcer les hauts dirigeants à remettre les primes et paiements spéciaux qu’ils ont indûment reçus juste avant la faillite.
• forcer également les hauts dirigeants des compagnies qui se font renflouer par l’État pour éviter la faillite à renoncer à leurs primes, dans la ligne d’action du président français Nicolas Sarkozy.

 

 

Références : La crise… et comment s’en sortir, par Yvan Allaire et Mihaela Firsirotu
Citizen Keynes ou le mythe de l’auto-régulation des marchés, par Michel Santi

 

 

 

¹ La crise des subprimes (en anglais « subprime mortgage crisis ») est une crise qui touche le secteur des prêts hypothécaires américains et qui a participé au déclenchement de la crise financière de 2007-2008, qui s’est poursuivie par la crise financière de 2008.

Les causes de cette crise sont imputées à la FED Federal Reserve Bank qui a pratiqué entre 2003 et 2004 des taux d’intérêts jugés trop faibles, incitant à la distribution « agressive » de crédits aussi bien qu’à la recherche par les investisseurs et les épargnants de « suppléments » de rémunération, obtenus par le développement massif de prêts risqués à des personnes insolvables, avec des taux d’intérêts plus élevés.
Cette politique souple s’explique par la volonté de la FED d’éviter la récession aux États-Unis suite à l’éclatement de la bulle internet à partir de mars 2000 et aux attentats du 11 septembre 2001. Ainsi, durant l’année 2001, Alan Greenspan abaisse 11 fois le taux directeur de la FED, le ramenant à 1,75 %. Il continue les baisses jusqu’à ramener le taux à 1 % en juillet 2003, le plus bas niveau depuis 1954. Ce taux plancher restera en vigueur un an. Source : Wikipédia

² Le VIX est un indice qui mesure le niveau d’émotivité des marchés. Plus l’indice est élevé, plus les comportements émotifs l’emportent sur les facteurs fondamentaux, que ce soit des comportements émotifs positifs ou négatifs. Lorsque l’indice se situe entre 10 et 20, les marchés sont peu volatils, entre 20 et 30, ils deviennent assez volatils mais quand l’indice est à plus de 30, les marchés sont très volatils. En novembre 2008, il était à 74,3…

De la connaissance des fonds communs à la sécurité des processus financiers…

 

 
En jetant un coup d’œil en arrière sur le panorama des placements financiers des 15 dernières années, il est fascinant de voir à quel point les investisseurs ont évolué. Je me souviens de cette époque où tous les grands manufacturiers1, gestionnaires et distributeurs remplissaient les salons de l’épargne et du placement de multiples kiosques bariolés, prêts à recevoir les investisseurs soucieux de découvrir et de comprendre les différentes sortes de fonds communs de placement. Une jungle…

 

Chacun essayait de se démarquer de ses compétiteurs en insistant sur sa philosophie et son style de gestion, son approche « top-down » ou microéconomique, sa diversification sectorielle ou géographique, ses rendements cumulés sur 5 ans, 10 ans et depuis la création du fonds. On montrait tout, mais on insistait sur les meilleurs fonds, la famille, la qualité des gestionnaires. On retrouvait dans ces salons une ambiance bon enfant et animée. Une foule hétéroclite déambulait d’un kiosque à l’autre à la recherche du petit quelque chose qui permettrait à ses placements de grossir suffisamment, malgré les fluctuations inévitables des marchés, pour les amener à une retraite décente. Puis les gens s’en retournaient chez eux, un sac à la main plein de fiches techniques et de dépliants vantant les mérites des fonds communs. Là commençait le véritable casse-tête.

 

Peu à peu, l’investisseur a décortiqué ce langage souvent hermétique et louangeur, et a fini par comprendre les subtilités de ce genre de placements financiers. Cependant en septembre 2008, selon l’IFIC2, il y avait 2 138 fonds communs de placement au Canada, classés par Morningstar3 en 43 catégories, repartis en plus de 30 familles, et totalisant des actifs de plus de 630 milliards de $ canadiens. Quoi choisir ? Un vrai labyrinthe. Bien sûr, les rendements passés ne sont jamais garants de l’avenir, mais l’espoir, l’innocence et la passion les rendaient attrayants.

 

Les fluctuations des marchés boursiers et le fait que les rendements des fonds dans les portefeuilles des investisseurs ne coïncidaient que rarement avec ceux affiché par les gestionnaires de ces fonds ont provoqué certaines déceptions, plusieurs interrogations. Puis à cela est venu s’ajouter les énormes frustrations devant les tricheurs qui manipulaient des fonds après la fermeture des marchés ou de ceux qui sans vergogne pillaient les actifs des clients.

 

La compréhension de la structure des fonds puis du fonctionnement des marchés boursiers avec ses cycles, ses « bulls et ses bears » ses rotations sectorielles ont été un lent et dur apprentissage. L’investisseur s’est habitué à tous ces mouvements. Et voilà que le système se met à dérailler, et l’investisseur se retrouve fort dépourvu devant cette criminalité qui lui vole ses avoirs, sa confiance et parfois sa santé. Les garde-fous ne fonctionnent pas et, si quelques lascars finissent par aller derrière les barreaux, les actifs se sont envolés et le système n’a presque rien à offrir à ces victimes. A part quelques miettes, ils sont abandonnés à eux-mêmes. Mais ils se font dire que les voleurs seront punis, et que le système réfléchit aux mesures à prendre pour que cela ne se reproduise pas…

 

Cela ressemble assez à une grande farce !

 

Le système continue son travail de protection des investisseurs en donnant de la formation, en leur disant de lire les prospectus, malheureusement trop longs et trop compliqués, et de mieux se renseigner auprès de leur conseiller financier et des organismes de réglementation. Mais il faut aller plus loin, oser sortir des sentiers battus et surtout modifier l’axe des interventions.

 

Pourquoi, en effet, mettre uniquement l’emphase sur ce côté du client, et ne pas s’attaquer en amont à la source de ces produits défaillants et de ces malversations? Pourquoi permettre à des institutions financières de mettre sur le marché des produits qui sont manipulés, morcelés pour réduire artificiellement le risque initial très élevé. Pourquoi permettre à des gestionnaires de les transiger comme des produits de haute qualité, et à des distributeurs de vendre des choses qu’ils ne comprennent même pas eux-mêmes ? Pourquoi également laisser tant de pouvoirs dans les mains d’une seule personne qui risquerait d’en abuser ? Même si la responsabilité du client est de se renseigner et de s’éduquer, est-il normal que ces produits et services viciés soient offerts dans un environnement supposé réglementé pour la protection de l’épargnant ?

 

Pourquoi également imposer au client le fardeau de la récupération de ses avoirs, et ne pas installer un mécanisme de couverture des placements des clients contre les risques systémiques. Ce fonds serait alimenté par tous ceux impliqués dans la chaîne des produits et services financiers qui auront été transigés. En outre, ce mécanisme forcerait le régulateur des marchés à poursuivre lui-même les délinquants et renflouer ainsi son fonds de protection des investisseurs contre les risques systémiques. Et ne me dites pas que cela rendrait l’investisseur insouciant, se sachant protégé !

 

Il n’est plus acceptable aujourd’hui que l’investisseur, le client, soit le dindon de la farce. La crise financière actuelle montre bien le paroxysme du système laissé à sa propre auto-régulation. C’était plutôt une liberté d’abus, sans punition pour ces spécialistes de la « haute finance ». Non seulement le client perd ses avoirs, mais comble de l’ironie, il est mis de force à contribution pour renflouer les délinquants que le système a négligemment laissé jouer. Oui, tout cela est devenu un jeu, une spéculation qui a transformé les marchés boursiers en un grand casino virtuel. Et les conséquences, que nous avons tendance à sous estimer, peuvent être catastrophiques. Nous sommes entrés dans une zone inconnue.

 

C’est donc de ce côté-là, celui des manufacturiers1, des gestionnaires et des distributeurs qu’il faut réguler. Sans oublier les mécanismes de protection systémique. La libre entreprise ne doit pas pour autant permettre de fabriquer et vendre n’importe quoi. Il faut que les régulateurs introduisent de manière cœrcitive la notion d’éthique dans la chaîne des produits et services financiers. Au nom de cette liberté, l’investisseur à droit à des produits et services de qualité. Et comme ceux qui sont en amont ne savent pas s’auto-réguler, il faut les encourager, quitte à les forcer. Il y aura alors moins d’Enron, de Worldcom, de Triglobal, de « subprimes », de PCAA, de Norbourg et autres vampires financiers. C’est le seul moyen de rendre la confiance à l’investisseur. C’est le rôle le l’Autorité des marchés financiers et du gouvernement, autorité suprême.

 

L’humain est incorrigible. Il attend d’être au pied du mur pour modifier son attitude et prendre les mesures nécessaires à sa survie. Et le système, pourtant composé d’humains, est devenu complètement virtuel. Il a réussi à avoir sa propre vie… Nous devons humainement en reprendre le contrôle.

 

 

 

 

1 Les manufacturiers sont les institutions financières qui créent les produits financiers tels que les fonds communs de placement, les fameux PCAA (Papiers Commerciaux Adossés à des Actifs), et autres véhicules destinés à accueillir les placements des investisseurs.

 

2 IFIC – Institut des Fonds d’Investissement du Canada.

 

3 Morningstar est la plus importante firme de recherche indépendante au Canada sur les fonds d’investissements.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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